Arbitrer entre des injonctions contradictoires

Coaching personnel, thérapie de la relation, médiation clinique, aucun de ces termes ne désigne de manière tout à fait satisfaisante l’œuvre de médiation entre les deux hémisphères cérébraux des sujet coachés tiraillés, éparpillés, tyrannisés entre les pulsions, les influx, les règles, les décisions contradictoires desdits hémisphères parfois apparemment ennemis.

Ces contradictions internes nous les connaissons tous. Il s’agit notamment des arbitrages que nous devons souvent opérer entre ce que nous croyons être les injonctions de la raison ou ce que nous dicte l’inconscient collectif et notre instinct, nos pulsions, nos émotions.

Ces contradictions internes c’est aussi ce que nous aimerions faire maintenant et ce que nous croyons être est bon pour nous à moyen ou long terme. Dans la fable de La Fontaine éponyme, on voit les choix différents de la Cigale et de la Fourmi, pourtant confrontées à la même nécessité vitale.

Toutes ces contradictions n’ont heureusement pas un caractère dramatique. On peut ainsi illustrer le propos par quelques exemples de :

L’étudiant qui sait n’avoir que quelques semaines pour préparer un examen… mais succombe à l’appel de camarades moins déterminés à réussir (ou déjà mieux préparés) et qui l’entraînent à faire la fête, tous les soirs ;

La personne qui, à la fois pleurniche sur ses kilos superflus, décide chaque matin de se lancer dans un régime drastique, achète les compléments alimentaires censés l’accompagner… mais ne résiste pas le soir à l’envie de se gaver de sucre et de gras, à la moindre contrariété ;

Le mari volage qui jure fidélité à son épouse après une première incartade dans l’espoir de la reconquérir… mais ne sait résister à l’appel de la nature si une jeune femme enflamme ses sens.

Ces personnes sont autant de victimes du divorce évident qui existe entre les schémas, les priorités, les perspectives, les injonctions, propres à leurs deux hémisphères cérébraux :

L’hémisphère gauche qui est celui du langage, de la raison, de la règle, des interdits, des tabous, des projets de long terme ;

L’hémisphère droit qui est celui des sensations épidermiques, des sentiments, de l’instinct, de la créativité de la spontanéité, de l’instant présent…

Ce duel entre nos hémisphères recoupe parfois également aussi les injonctions culturelles et naturelles qui nous agissent (« j’aimerais faire telle chose… j’en ai vraiment le désir, mais la morale le réprouve »).

Pour nombre d’individus civilisés et policés, ces contradictions sont comprises, maîtrisées et/ou apprivoisées. Ils vivent alors en bon équilibre intérieur et en bonne interaction avec leur environnement.

Pour d’autres, les choses sont plus compliquées, plus chaotiques, plus douloureuses. Pour certains, en perte de repères, une thérapie est parfois nécessaire.

Ces injonctions contradictoires induisent par exemple, dans les cas les plus bénins, de douloureux cas de conscience, des troubles du comportement alimentaire, des malentendus et des disputes dans le couple.

Dans les cas les plus graves, des projets de carrières peuvent être brisés, des couples conduits au divorce, voire pour les sujets les plus faibles, à la dépression ou au suicide.

Le travail du coach est alors d’inviter le sujet « en vrac », éparpillé par ses contradictions mal comprises, mal assumées, à poser les vrais enjeux, à se faire confiance pour regarder le véritable objectif de moyen ou long terme qui est le sien, à identifier le désir et l’énergie vitale qui l’y poussent au plus profond de lui, à mettre en avant ses forces de résilience, en sorte de réconcilier ses deux hémisphères et optimiser leurs interactions harmonieuses ; chacun d’eux devant sortir triomphant de ce qui peut apparaître alors comme une véritable réconciliation avec lui-même, pour le sujet, comme une véritable réparation de sa relation au monde.