Nous sommes tous faits d’ombre et de lumière

Nous sommes tous faits d’ombre et de lumière

Qu’est ce que cela vous inspire t-il ?

Les grands hommes ont-ils des ombres ?

Netflix propose actuellement une série sur Sigmund Freud. Elle est probablement romancée et peu fidèle à la réalité historiquement. Je ne sais pas non plus si le portrait qu’avait déjà fait du grand homme Michel Onfray en 2010, dans son essai intitulé Le Crépuscule d’une idole (sous-titré L’Affabulation freudienne) paru aux éditions Grasset, est exagéré ou non. Je retiens en tout cas du second (qui m’avait enchanté, à l’époque de sa parution, par son indépendance d’esprit et son caractère iconoclaste), comme du premier, que Sigmund Freud était probablement un homme de génie, d’intuition, mais aussi d’ombres et de contradictions, un homme capable de tricherie et de manipulation… mais pour la bonne cause (pensait-il) et pour servir ses convictions.

Goethe écrivait, dans Les affinités électives (parues en 1809, 2ème partie, Chapitre 5, Folio, p. 218.) : 

« Il n’y a pas de grand homme, dit-on, pour son valet de chambre » ; […] ». Et Goethe de préciser : « On prétend qu’il n’y a pas de héros en face de son valet de chambre. Car un héros ne peut être compris que par des héros, et que les valets de chambre ne savent apprécier que leurs pareils. »

A son tour, Hegel reprit cet aphorisme en ces mots : « Il n’y a pas de héros pour son valet de chambre ; mais non pas parce que le héros n’est pas un héros, mais parce que le valet de chambre est un valet de chambre, avec lequel le héros n’a pas affaire en tant que héros, mais en tant que mangeant, buvant, s’habillant, en général en tant qu’homme privé dans la singularité du besoin et de la représentation. »

 

Accepter l’ombre, la lumière

Que doit-on comprendre de cela ? Que seul l’homme qui n’a pas d’ombre, de faille, de doute et qui est exempt de toute faiblesse, de tout péché est un héros ou un grand homme ? Ou doit dont penser que l’essence de l’honnête homme c’est sa capacité à accomplir de belles, de bonnes ou de grandes choses et suivre un chemin vertueux (que l’on sait pavé d’écueils) en dépit des luttes intérieures dont ne manquent pas de le tourmenter ses ombres, failles, doutes et ses nombreuses faiblesses et péchés ? Ne peut-on d’ailleurs imaginer que certains de ses péchés comme l’envie ou l’orgueil servent sa destinée glorieuse ?

Nous sommes tous fait d’ombre et de lumière, de gris et de contrastes et c’est la richesse de notre combat. Que seraient le Yin sans le Yang, le jour sans la nuit, la vie sans la mort ? Sinon quelle valeur et quelle saveur auraient notre engagement au service de nobles projets comme de notre élévation personnelle si notre combat pour le bien et pour l’ordre, contre le mal et le chaos n’était pas quotidien ?

Un océan d’émotions, d’ombre et de lumière

Nous sommes en effet quotidiennement en butte à nos émotions de l’instant et naviguons sur un océan, tantôt calme, tantôt agité d’injonctions et pulsions contradictoires des humeurs et des séductions capricieuses de notre humanité et de notre animalité, de nos croyances ou de notre perception de l’ordre contre le chaos (ou encore du masculin et du féminin en nous). Et le grand homme n’est pas celui qui ignore les sentiments humains, pour tracer une ligne droite et sans émotion, mais au contraire celui qui parvient à accomplir son œuvre de bien malgré les lacs d’une route chaotique mais inspirée et volontaire.

Mais qui est prêt à cette indulgence à l’égard des autres ? Et qui est prêt à reconnaitre ses propres failles, ombres et faiblesses ? Il y a un abyme entre l’image que nous avons de nous-mêmes, celle que nous véhiculons (d’ailleurs d’une grande diversité selon les récepteurs) et ce que nous sommes vraiment. Et symétriquement il y a de même un gouffre entre l’image que nous avons des autres, celle qu’ils ont d’eux-mêmes et ce qu’ils sont vraiment.

Instabilité temporelle

Mais il y a aussi de grands écarts entre ce que nous étions hier, ce que nous sommes aujourd’hui et ce que nous serons demain, parce que nous sommes sur le chemin de notre développement personnel et ainsi plus fort chaque jour… ou au contraire sur une voie de garage et en perte de repères.

En outre, chaque minute, l’équilibre de notre équation personnelle, nos algorithmes émotionnels retraitent et tentent d’équilibrer notre humeur de l’instant, face aux injonctions et pulsions contradictoires de notre humanité contre notre animalité, de nos blessures d’enfant qui soudain remontent ou se taisent, de notre masculin contre notre féminin, de nos certitudes du jours versus nos croyances de la veille, du temps qu’il fait et de l’amour que nous avons à donner et à recevoir (ou non) etc.

L’amour inconditionnel

On peut ainsi se demander si nous pouvons être véritablement aimés pour nous-mêmes ou si nous devons ruser ou dissimuler nos ombres, nos peurs, notre animalité, nos faiblesses, pour tenter de satisfaire aux critères que nous prêtons aux autres et nous faire apprécier. Pour les sujets les plus complexes et sans doute pour nombre d’autres, ça nous conduit à nous bâtir ce qu’on appelle en psychologie un faux-self. La faux-self est à la fois une sorte de tenue de camouflage et une carapace ou un blindage, censé à la fois nous permettre de nous fondre dans la masse et de passer entre les gouttes des moqueries et de l’incompréhension.

Mais ne rêvons-nous pas tous de rencontrer l’amour absolu ? C’est-à-dire un amour inconditionnel qui nous permettrait d’être reconnus et aimés pour qui nous sommes vraiment, avec nos ombres et nos défauts ? Mais peut-être ne méritons-nous de recevoir un tel amour (comparable à celui des « meilleures mères » pour leur enfant) que si nous sommes capables de l’offrir et de donner sans l’attente d’un retour.

L’Art d’Aimer (Erich Fromm)

Erich Fromm, sociologue et psychanalyste américain (mort en 1980), écrivait dans l’Art d’Aimer (paru en 1957) que le creuset du véritable amour, y compris dans le registre conjugal, est l’amour fraternel. L’amour fraternel, que définit Erich Fromm, préserve des affres d’attentes excessives dans la relation amoureuse, comme d’un sentiment de propriété sur un autre chosifié. C’est par exemple l’amour dispensé par Mère Teresa ou l’Abbé Pierre vis-à-vis des plus démunis qui ne trouve sa récompense que dans le sourire de l’autre et le bonheur d’avoir bien agi. En matière conjugale, l’amour fraternel c’est un amour débarrassé des poisons qui le gangrènent trop souvent que sont en particulier : le sentiment de propriété, le sentiment qu’on a des droits sur l’autres (en oubliant ses devoirs), l’exigence d’exclusivité sexuelle de l’autre, le reproche, la jalousie, le mensonge et la culpabilité.

Connais-toi toi-même

Enfin, pour être aimé, il convient de s’aimer soi-même. Mais comment s’aimer si on ne se connaît pas soi-même ? Si on veut ignorer ses propres ombres et faiblesses ? Si on est sans bienveillance ni indulgence à son propre égard ? Se connaître est la clef et la formule gravée sur le fronton du temple de Delphes (reprise par Socrate) : « Connais-toi, toi même, et tu connaîtras l’Univers et les dieux ». Mais se connaître n’est pas si simple car nous avons davantage tendance à nous positionner comme observateur extérieur (comme sujet observant) que comme objet d’observation. De ce point de vue il est plus facile d’observer l’ensemble du reste de l’Univers que de commencer par soi-même. Le « connais-toi, toi-même » (en grec ancien Γνῶθι σεαυτόν / gnōthi seautón) entre en outre en contradiction avec une approche scientifique rigoureuse qui veut que l’observateur soit distinct de l’observé. Mais nous savons qu’il existe des cas de figure où l’observateur ne peut pas être séparé de l’observé. C’est le cas par exemple pour la mécanique quantique où la mesure est liée également à l’observateur, mais c’est aussi le cas à chaque fois que nous voulons parler du monde, dont nous faisons partie.

Confiance et bienveillance

La clef de la réussite de ce défi de se connaître soi-même réside dans une application de notre subjectivité à la bienveillance et la capacité de rechercher au plus profond de nous, d’observer et décrire sans jugement, en une démarche d’objectivité revendiquée. 

Cette bienveillante introspection et observation sans jugement pour soi-même est un premier pas pour commencer à s’accepter et à s’aimer soi-même. Une observation bienveillante des autres – également sans jugement – est la seconde clef d’un rapport harmonieux à l’autre. L’autre apprécie en effet qu’on soit juste et authentiques avec lui, c’est-à-dire qu’on ne dissimule pas qui nous sommes, ni nos motivations. Et aussi qu’on l’accueille avec bienveillance, sans reproches ni méfiances pour ses propres ombres ou défauts.

 

Voir aussi : Coaching / conseil 

 

Enfin, nombre de conflits conjugaux ont une incidence sur la sexualité et surtout proviennent fréquemment d’une rupture ou d’une distorsion du lien charnel. La sexualité est ainsi un élément central de nombre de conflits conjugaux / cf. Rubrique Sexologie

 

 

Par Philippe Lamy, à Lyon le 30/03/2020

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