Intelligence collective et Conflit

L’homme moderne (sapiens) porte dans ses gènes une conscience de soi, un ego, un désir de progression et de conquête qui ne se réalisent qu’au contact des autres et du développement d’une communication sophistiquée, permettant à chacun de trouver sa place dans la société des hommes, y survivre, y être reconnu et si possible y prospérer. 

De nombreuses qualités sont nécessaires à la survie, à une vie harmonieuse au sein du groupe humain et à la réussite d’ambitions personnelles de toute nature. La première de ces qualités est sans doute ce qu’il est convenu d’appeler l’intelligence. 

Mais que désigne le mot intelligence ? 

 

Les 2 acceptions de l'intelligence

Le terme intelligence à deux acceptions : 

1. Equipement cognitif individuel

La première qui vient généralement à l’esprit, c’est cet équipement cognitif, centralisé dans notre cerveau (et qui a de nombreuses ramifications dans tout notre corps), qui enregistre et traite les informations, les sensations et les émotions qui concourent à notre survie au sein de notre environnement et qui est capable de réactions, d’actions, de raisonnement, de projets etc. Les émotions et les réactions fulgurantes (souvent infra-conscientes) qu’elles permettent sont un pan majeur de nos facultés cognitives. Ces réactions fulgurantes qu’on observe dans le monde animal sont également à l’œuvre lorsqu’un gibier détale instantanément à l’odeur ou au bruit de son prédateur, mais cette faculté de commander un geste juste et fulgurent est également l’apanage des musiciens virtuoses, des peintres et des sportifs de haut niveau.  

On s’extasie ainsi devant les beaux esprits, comme devant les grands artistes ou les sportifs de haut niveau qui illustrent cet équipement cognitif individuel hors pair.

2. Intelligence collective 

La deuxième acception du mot intelligence – et sans doute la plus importante – est la capacité de cette outil cognitif individuel de fonctionner « en concert » avec les autres, qu’il s’agisse d’associations philosophiques, d’organisations humanitaires, d’orchestres symphoniques, d’équipes médicales ou sportives de haut niveau etc.).

Intelligence vient en effet du latin inter (entre) et ligare (lier, relier). Être doué d’intelligence signifie ainsi – et surtout – avoir la capacité d’établir des liens, des relations ou et des alliances avec les autres. 

Je vais illustrer ce propos par une métaphore musicale : 

Si je vous dis que j’aime le violon, vous allez probablement imaginer (en premier lieu) que je parle de la musique du violon et non pas seulement de ce précieux chef-d’œuvre d’ébénisteries que je cèle dans un coffret capitonné.

Vous voyez ici que le terme “violon” possède deux acceptions : Il désigne d’une part l’instrument de musique et d’autre part la musique elle-même que l’on peut en jouer. Mais que l’on vienne à associer la musique de cet instrument à celle des autres instruments de tout un ensemble symphonique, dans leur diversité la plus grande, on parvient à jouer de concert et en concert et parfois à produire un chef-d’œuvre musical.

De même manière l’intelligence collective permet-elle aux esprits éclairés qui la composent les plus brillantes démonstrations, recherches, élévation de l’esprit, comme la réalisation des projets les plus ambitieux.

On voit ainsi que l’intelligence en tant qu’équipement cognitif individuel reste d’un moindre intérêt et d’une utilité limitée pour celui qui n’est pas capable de faire fonctionner cet atout majeur pour parvenir à entrer en résonance ou en harmonie avec les autres.

Opposition, contestation, doute

Mais l’ordre nait du chaos et pour parvenir à produire une œuvre, des conclusions pertinentes ou un consensus, le débat au sein d’une intelligence collective (ou seulement d’un couple) doit se nourrir de l’altérité, de la diversité, de la contestation bienveillante, des conclusions trop hâtives, comme des doutes de chacun.

L’opposition constructive et même le conflit, au sein d’un couple, comme au sein de toute d’organisation humaine, sont ainsi la garantie de la qualité de la relation et de la justesse, ainsi que de la solidité de l’œuvre commune.

Le conflit, comme le doute, seraient ainsi le ferrement de toute intelligence humaine, comme il ressort de la remarquable émission de France Culture, Les Chemins de la Philosophie, par Adèle Van Reeth du 6 mars 2020 : « A-t-on besoin des conflits ? » 

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Le conflit n’est pas la guerre

Nous devons ici distinguer le conflit et la guerre. 

Le conflit oppose des personnes qui ont vocation à cohabiter. 

Conflit vient en effet du latin fligere qui signifie heurter, frapper, mais il est précédé du préfixe con- qui signifie avec, ensemble. 

Les personnes en conflit n’ont ainsi pas nécessairement ni le désir de tuer ni d’éliminer l’autre, mais parfois de jouer leur relation à l’autre sur le mode du conflit, pour différentes raisons et sous différentes formes… par exemple dans le rôle d’une victime revendicative ou d’un bourreau pervers. Les jeux de soumission ou de domination présentant différents avantages ailleurs.

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En cela, le conflit est bien différent de la guerre qui a pour but l’élimination physique de l’adversaire.

Dispute, conflit et médiation

Pour se construire, l’individu a cependant besoin de s’affirmer comme différent. L’adolescence est ainsi par définition la période où l’individu se définit le plus volontiers en opposition avec son environnement et avec les autres. Plus tard, les blessures de la vie (le plus souvent d’ailleurs enracinées dans l’enfance) portent l’individu à se replier sur lui-même ou à se définir en opposition en conflit, voire en guerre contre les autres. Il peut ainsi s’opposer à de personnes (patron, mère, père, président de la république etc.) ou à de groupes de personnes identifiés (racisme, xénophobie, homophobie etc.), mais aussi à des doctrines ou courants de pensée (communisme, capitalisme, libéralisme, agnosticisme etc.). 

Le conflit, un acte de revendication identitaire

Nous sommes dans un monde qui valorise l’individualisme, le chahut et critique l’ordre établi ou l’ordre républicain. Les médias s’en donnent ainsi à cœur joie pour donner aux masses de moutons bêlant leur ration d’actes rebelles et d’incivilités quotidiennes pour leur permettre de s’identifier à bon compte aux meneurs depuis le canapé de leur salon. Les médias font également leurs choux gras des frissons grégaires des moutons tétanisés devant les actes terroristes les plus ignobles comme devant les catastrophes naturelles que le réchauffement climatique commence à produire ou devant la menace du coronavirus qui les détournent opportunément de la politique intérieure. Ce concert médiatique rend les spectateurs et auditeurs addict à l’info immédiate (et le tarif des spots publicitaires s’envole). Les politiques s’en satisfont ainsi puisqu’ils peuvent ainsi en remettre une couche pour se présenter en pourfendeurs valeureux ou en sauveurs. 

Les Français (en particulier) adorent afficher une posture guerrière et hurler en meutes, à la recherche d’une affirmation d’identité. Les hordes de Hooligans ou les gilets jaunes en sont un exemple. Aucune revendication claire, ni émergence de leaders porteurs d’un message mais des invectives et des slogans fourre-tout exprimant des frustrations et des émotions en quête de reconnaissance et de fraternité et peut-être en recherche d’image et d’identité.

Le conflit dans le couple

L’opposition, comme l’apparente appétence pour le conflit ne doivent cependant pas être systématiquement prises au premier degré. C’est-à-dire qu’il est utile – lorsqu’on veut rétablir le calme ou la paix entre deux personnes – de s’interroger sur la raison profonde du désir d’opposition (raison le plus souvent émotionnelle), avant d’argumenter sur l’objet apparent du conflit… qui est souvent l’arbre qui cache la forêt. 

Le rôle du médiateur ou du thérapeute est en l’espèce primordial, car il est parfois le seul à identifier les causes réelles du conflit. Mais il n’est pas plus grand aveugle que celui qui ne veut pas voir et, le plus souvent, l’objet apparent du conflit est un leurre et un moyen commode pour ne pas regarder en face la réalité de sa blessure et de son opposition par rapport à son adversaire. 

Ainsi, lorsque le thérapeute identifie un tel détournement d’objets de conflit, il est prudent qu’il attende un temps suffisant, d’abord pour confirmer son intuition et ensuite pour ne pas saisir frontalement l’aveugle qui ne veut pas voir. 

Ce qui est constant, dans ce genre de situation c’est que la partie qui parait se leurrer elle-même sur la réalité de son opposition à l’autre parvient généralement à le convaincre que l’objet du conflit est bien celui annoncé. Et ce mensonge tout autant qu’il peut durer, maintient les deux protagonistes dans une situation de déni qui peut devenir une manière de ciment du couple (ou la haine remplace parfois l’amour), c’est à dire un piège.

Si les forces sont équilibrés et si les parties s’en accommodent pourquoi pas ? Mais il arrive aussi que l’une des parties, en manque d’identité, d’estime d’elle-même et/ou en déséquilibre émotionnel siphonne toute l’énergie de l’autre et que l’on assiste à ce qu’on appeler un jeu pervers. La relation est ainsi toxique pour la partie dont l’énergie est ainsi vampirisée. Ces situations peuvent parfois durer des années et des personnes peuvent en mourir à petit feu et à bas bruit. 


Suite : Médiation et thérapie de couple



Par Philippe Lamy, à Lyon le 29/03/2020

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