Les liens anciens, souvent aussi les plus résilients

Il n’est certes pas aisé de guider sur le chemin de la réconciliation des personnes dont le lien initial était fort, car les passions froissées entraînent le débat sur un terrain miné par les émotions, le sentiment de trahison, les mensonges et les rancœurs.

Les faisceaux de liens ainsi meurtris sont comme un tissu inflammatoire, à la fois ultrasensible et indistinctement atteint.

Le couple est l’exemple type où les passions exacerbées égarent et aveuglent souvent aussi bien les protagonistes que le professionnel qui ambitionne de leur venir en aide. Mais il est encore plus ardu de rechercher un accord négocié entre des personnes qui n’ont jamais eu le moindre lien avant l’avènement d’un litige. Car un lien historique antérieur au litige est aussi (et malgré tout) porteur de toute l’énergie positive et de la résilience que lui confèrent son ancienneté et sa qualité.

Par exemple, un litige relatif à un accident de la route – dans lequel, en principe, les parties ne se connaissaient pas auparavant et n’ont pas vocation à se revoir ensuite – débouche rarement sur une solution transactionnelle, car il n’y a aucun lien historique à réparer ; chaque partie voyant un intérêt matériel objectif à aller jusqu’au bout de ses droits et des ses revendications, sans composante émotionnelle positive. En revanche, des litiges tissés entre un bailleur et un locataire, entre une entreprise et un client ancien et récurrent ont plus de chance de trouver une solution, car l’enjeu humain est mis en balance avec l’enjeu matériel.

Et au top des médiations réussies, on trouve les médiations entre d’anciens grands amoureux, chez qui la haine liée à un sentiment de trahison ou d’abandon, par exemple, donne curieusement la mesure de l’énergie et des trésors d’intelligence et de volonté qui pourront être mobilisés… au terme d’une démarche de médiation souvent longue.


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